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mardi 23 octobre 2007

Sans Titre (2007) par Laurent Dupont

Suivant les conseils de l'ami Jean-Marie, je suis allé jeter un oeil sur le travail de Justin Quinn. Après l'habituel découragement que peut susciter ce genre de "rencontre", je me suis remis au travail en essayant de digérer ce que j'avais vu. L'image ci-dessous a été réalisée dans cet état d'esprit un peu inquiet, à partir de trois textes en anglais du poète vendéen V. Téran. C'est peut-être un exercice plutôt qu'une oeuvre à proprement parler.





















Sans titre (2007)
Feutre sur isorel 57x39 cm

dimanche 14 octobre 2007

Les Mots s'illustrent par Laurent Dupont

Je n'avais pas encore écrit de texte sur ma manie des copies manuscrites. Alors voilà...






















Capote's Cup (1999)
Ecritures manuscrites sur simili-cuir et porcelaine - sept tasses et soucoupes

C'est un travail d'illustrateur autant qu'un labeur de copiste. Et finalement, je réalise moins des répliques manuscrites d'oeuvres littéraires que j'essaie d'en formuler des illustrations. Ce sont des illustrations sans dessin ni couleur, constituées uniquement de lettres, de mots et de phrases alignés. Elles permettent malgré tout, aussi bien qu'une image peut-être, d'orner le texte et de le traduire plastiquement.
Recopier un roman dans son intégralité, prendre le temps d'entrer dans l'univers d'un auteur le stylo à la main, c'est déjà s'adresser au regard d'une certaine manière. C'est faire d'un objet à lire un objet à voir. Aussi, l'écriture est susceptible de s'illustrer elle-même et de devenir un médium à part entière. Au même titre que la peinture chez certains artistes (1), on peut l'affranchir de son support traditionnel et lui faire prendre différentes formes au sein d'espaces multiples.
Il est possible par exemple de condenser plus de cent pages de La Critique de la faculté de juger d'Emmanuel Kant sur le recto de quinze feuilles de bristol seulement. Pour cela, il faut évidemment recourir à des caractères minuscules et réduire au maximum l'espacement entre les lignes. On obtient ainsi la version « allégée » d'un ouvrage plutôt lourd à digérer. Si d'aventure on souhaite souligner, en plus de sa densité, la complexité de la pensée du philosophe, il suffit d'effectuer ce même travail de fourmi à partir d'une édition allemande, puis de soumettre le tout à un public francophone.
Je dois cependant préciser que l'illustrateur copiste n'est en rien obligé d'écrire sur un subjectile à deux dimensions, tout comme il n'est pas tenu de caricaturer les textes qu'il choisit de dupliquer. A l'instar des théories kantiennes, les souvenirs d'enfance évoqués par Truman Capote dans Un Noël ne sont pas prisonniers des livres qui les font apparaître ordinairement. Dans la pièce que j'appelle Capote's Cup, le récit s'échappe lui-aussi des pages blanches, mais cette fois-ci pour s'enrouler sur les surfaces courbes de sept tasses de porcelaine. La lecture des vies du jeune Buddy et de Miss Sook s'en trouve inévitablement modifiée, puisque celles-ci se déploient désormais en spirale et s'effacent à mesure que les tasses retrouvent leur fonction de récipient. Le spectateur a ici le choix de lire l'ensemble des écritures, de les observer comme une ligne serpentine et décorative, ou plus simplement de siroter un café.
La copie manuscrite offre donc un certain nombre de possibilités à qui veut bien considérer cet exercice répétitif comme une pratique créatrice, sans cesse renouvelable et au bout du compte multiforme. Les nouvelles de Jorge Luis Borges décrivent parfois de ces personnages qui travaillent uniquement à l'ombre des grands auteurs (2). L'essentiel de leur activité consiste à reprendre à la lettre les chef-d'oeuvres qu'ils n'ont pas écrits en s'efforçant d'y apporter des significations insoupçonnées. Parmi mes dernières pièces manuscrites, L'Aleph relève à son tour d'une démarche similaire et s'élabore justement à partir des écrits de Borges. Un cube transparent d'un mètre de côté présente, sur chacune de ses faces, dix-neuf nouvelles issues de quatre recueils différents. Ici, il est à nouveau question de proposer une relecture au spectateur, de lui offrir à la fois un texte à méditer, une oeuvre à regarder, un lieu à parcourir (un paysage peut-être...). Enfin, il s'agit toujours, à travers cet objet vide de matière mais rempli de langage, noirci d'écriture et pourtant transparent, d'illustrer l'univers d'un poète argentin.

(1) Voir par exemple les oeuvres de Miguel-Angel Molina, Léon Tarasewicz et Jean Vérame.
(2) Voir Pierre Ménard, Auteur du Quichotte in Jorge Luis Borges, Fictions, Paris, Gallimard, Folio, 1957 et 1965, pp. 41-52, ainsi que Hommage à César Paladion in Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares, Chroniques de Bustos Domecq, Paris, Denöel, Biblio, 1970, pp. 17-23.

vendredi 28 septembre 2007

Random Painting # 1 (2007) par Laurent Dupont

Un peu plus de mille cubes de bois sont peints sur une de leurs faces, avec des couleurs et des textures différentes. On peut les exposer en tas, au sol ou sur un socle, à la manière d'une sculpture. On peut aussi en faire une sorte de tableau, en combinant les cubes colorés entre eux et en accrochant le tout verticalement. Le travail reproduit ci-dessous a été réalisé par Madeleine Wimmer. Celle-ci a fait le choix d'une composition abstraite mais il n'est pas exclu (enfin, je crois) de parvenir à un résultat figuratif. Ce serait bien le diable si parmi toutes les combinaisons possibles n'apparaissent pas à un moment ou à un autre une tasse, un oiseau ou le visage d'un enfant...

















Peinture acrylique sur bois (dimensions variables)

dimanche 23 septembre 2007

L'Aleph (2007) par Laurent Dupont

La sculpture mesure un mètre cube. Sur chacune de ses six faces sont recopiées à la main plusieurs nouvelles de Jorge Luis Borges issues de quatre recueils différents. Elle a été exposée en même temps que le texte d'Anthony à la prison des femmes de Rennes (voir ci-dessous le message intitulé Je suis là-bas) et est ici photographiée dans le quartier Beauregard de Rennes, dans le champ qui jouxte la scuplture monumentale d'Aurélie Nemours. Un Aleph est un espace à la fois immense et minuscule. Pour en savoir plus, vous pouvez lire Jorge Luis Borges, L'Aleph, Paris, Gallimard, L'Imaginaire, pp. 191-213.





















Bois et écritures manuscrites sur film transparent - 100x100x100 cm
 
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